La náusea de ser
No vine al mundo
a forjar brazos de centauros,
a dar mi sangre a los pañuelos
que secan al claro de luna.
No vine al mundo
para combatir con mi sombra,
ni para hallar un día mis puños
picoteados por faisanes.
No vine para golpear
ni para reír de la muerte.
No me acuerdo más,
las camillas se van,
las galeras arden,
las rodillas tiemblan y los halcones se posan
sobre bolas frágiles y vivas.
Si miro hacia atrás,
la muerte va retrocediendo,
indefinidamente puertas se golpean
hasta en los placares del horizonte.
La muerte de risa vulgar
detrás de sus persianas verdes
chupa un caramelo inglés
y alfombras mojadas con infusiones.
No vine al mundo,
al principio sólo hay una gran risa,
en la esquina de una calle una muñeca de yeso
abre, sudando un agua verde de rabia,
cajas que sólo contienen cajas,
y sin fin de cajas.
Lejano, como un corazón succiona sangre,
un
agujero en una carne gigantesca me aspira,
paredes vivas, rojas y
calientes,
me arrastran por la garganta,
no quiero ya volver,
que ahora
mismo se me asesine
con un golpe de cuchillo de cocina
entre los dos
hombros.
René Daumal (Boulzicourt, 1908 — París, 1944), Obra poética completa, Alción Editora, Córdoba, 2014.
* * *
La nausée d’être
Je ne suis pas venu au monde
pour forger des bras aux centaures,
pour donner mon sang aux mouchoirs
qui sèchent au clair de lune.
Je ne suis pas venu au monde
pour combattre mon ombre,
ni pour trouver un jour mes poings
becqueté par les faisans.
Je ne suis pas venu pour frapper
ni pour rire à la mort.
Je ne me souviens plus,
des civières s’en vont,
des galères flambent,
des genoux tremblent et des faucons se posent
sur des boules fragiles et vivantes.
Si je regarde en arrière,
la mort s’en va à reculons,
indéfiniment des portes claquent,
jusqu’aux placards de l’horizon.
La mort au rire vulgaire
derrière ses persiennes vertes
suce un bonbon anglais
et les tapis sont mouillés de tisanes.
Je ne suis pas venu au monde,
au commencement il n’y a qu’un grand rire,
au coin d’une rue une poupée de plâtre
ouvre, en suant une eau verte de rage,
des boîtes qui ne contiennent que des boîtes,
et sans fin des boîtes.
Plus loin, comme un cœur suce le sang,
un trou dans une chair gigantesque m’aspire,
des murs vivants, rouges et chauds,
me traînent par la gorge,
je ne veux plus me retourner,
que tout à l’heure on m’assassine
d’un coup de couteau de cuisine
entre les deux épaules.
pour forger des bras aux centaures,
pour donner mon sang aux mouchoirs
qui sèchent au clair de lune.
Je ne suis pas venu au monde
pour combattre mon ombre,
ni pour trouver un jour mes poings
becqueté par les faisans.
Je ne suis pas venu pour frapper
ni pour rire à la mort.
Je ne me souviens plus,
des civières s’en vont,
des galères flambent,
des genoux tremblent et des faucons se posent
sur des boules fragiles et vivantes.
Si je regarde en arrière,
la mort s’en va à reculons,
indéfiniment des portes claquent,
jusqu’aux placards de l’horizon.
La mort au rire vulgaire
derrière ses persiennes vertes
suce un bonbon anglais
et les tapis sont mouillés de tisanes.
Je ne suis pas venu au monde,
au commencement il n’y a qu’un grand rire,
au coin d’une rue une poupée de plâtre
ouvre, en suant une eau verte de rage,
des boîtes qui ne contiennent que des boîtes,
et sans fin des boîtes.
Plus loin, comme un cœur suce le sang,
un trou dans une chair gigantesque m’aspire,
des murs vivants, rouges et chauds,
me traînent par la gorge,
je ne veux plus me retourner,
que tout à l’heure on m’assassine
d’un coup de couteau de cuisine
entre les deux épaules.
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